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La vie d’une équipe : observer, comprendre et agir au plus juste

  • Photo du rédacteur: Thomas Vedrine
    Thomas Vedrine
  • il y a 1 jour
  • 8 min de lecture

Il y a une question que beaucoup de dirigeants, de managers ou d’entraîneurs portent en eux, souvent sans la formuler clairement. Elle revient dans les moments de calme, entre deux réunions, ou le soir quand l’agitation retombe un peu : est-ce que mon équipe est vraiment avec moi… et est-ce qu’elle est bien avec elle-même ?


Pas seulement présente. Pas uniquement compétente. Mais engagée, vivante, en mouvement. Est-ce qu’elle a compris où elle va ? Est-ce qu’elle partage le cap, le sens, l’élan collectif ? Est-ce qu’elle dispose des repères et des ressources pour avancer ensemble, dans une énergie juste ? Ou bien est-ce qu’elle continue d’avancer tout en portant quelque chose de plus lourd, de moins visible, qui altère peu à peu la dynamique sans que l’on sache encore vraiment pourquoi ?


Ce questionnement-là est rarement spectaculaire. Il ne surgit pas sous la forme d’une crise franche. Il s’installe plus subtilement, dans le quotidien. Une énergie qui circule moins bien. Des réunions qui produisent moins de liens que de décisions. Des échanges plus prudents. Une forme de retenue, parfois de fatigue, difficile à nommer. Et pourtant, quelque chose a changé dans la façon d’être ensemble.


Observer le collectif, au-delà de ce qui se voit


Dans les organisations comme dans le sport, il y a toujours deux niveaux de lecture. Il y a ce qui se voit : un départ important, une réorganisation, une croissance rapide, un changement de stratégie, un objectif ambitieux. Et puis il y a ce qui ne se voit pas immédiatement, mais qui travaille le collectif en profondeur. Les ajustements silencieux, les incompréhensions, les peurs diffuses, les attentes non exprimées, les émotions mises de côté. Très souvent, ce que l’on observe dans une équipe n’est que la partie émergée d’un processus plus intérieur, plus relationnel, parfois même émotionnel, que l’on préfère inconsciemment éviter.


Une équipe n’est pas seulement orientée vers un objectif commun. Elle est aussi traversée par une énergie collective, façonnée par un cadre, des règles, des rituels et des valeurs partagées. Lorsque l’un de ces éléments se fragilise, le collectif peut continuer à fonctionner, parfois même à produire des résultats, mais plus tout à fait dans la même qualité de présence. L’énergie se tend, se fige ou se disperse. Les tensions se déplacent. Les non-dits s’installent. Et c’est précisément à cet endroit que les signaux faibles apparaissent.


Ces signaux ne disent pas que l’équipe va mal. Ils disent qu’elle traverse quelque chose. Un ajustement. Une transition. Un cycle. Comme tout organisme vivant, une équipe connaît des phases d’élan, puis des phases de questionnement, parfois de tension, avant de se réorganiser. Le problème n’est jamais le cycle en lui-même. Le problème, c’est de ne pas le voir, ou de chercher à le corriger trop vite par des solutions techniques, des outils ou des méthodes qui contournent ce qui se joue réellement à l’intérieur du collectif.


Observer, dans ces moments-là, devient un acte de leadership à part entière. Observer non seulement ce qui se fait, mais comment l’équipe se sent, comment elle fonctionne avec elle-même. Observer sans juger. Observer sans chercher immédiatement à réparer. Observer pour comprendre ce qui se joue réellement, au-delà des apparences et des indicateurs. Cela suppose d’accepter une forme d’inconfort : celui de ne pas encore savoir exactement quoi faire, mais de sentir qu’agir trop vite risquerait de renforcer les mécanismes de défense plutôt que de soutenir une transformation durable.


C’est souvent ici que les dirigeants se sentent seuls. Ils perçoivent que quelque chose se passe, mais manquent de repères pour le lire. Ils hésitent entre banaliser ce qu’ils observent ou le dramatiser. Et pourtant, ce moment est précieux. Parce qu’il ouvre la possibilité d’un autre regard sur le collectif. Un regard qui ne cherche pas immédiatement la performance, mais la compréhension. Un regard qui accepte que toute transformation durable commence rarement par l’outillage, et presque toujours par une prise de conscience.


Observer, ce n’est pas attendre passivement. C’est se donner les moyens de comprendre. C’est reconnaître que ce qui se joue dans une équipe ne se réduit ni à des résultats, ni à des comportements isolés, mais à une dynamique d’ensemble, faite de relations, de représentations, d’émotions et d’énergie collective.


 

Mettre des lunettes pour comprendre et nommer ce que vit le collectif


Après le temps de l’observation vient presque toujours une autre question, plus structurante encore : comment comprendre ce que je vois ? Observer permet de capter des signaux, mais sans grille de lecture, tout reste encore flou. On sent que quelque chose se joue, sans parvenir à en saisir la nature. Et c’est souvent à cet endroit que les dirigeants commencent à douter de leur intuition ou à chercher des explications partielles : le contexte, la charge de travail, les personnalités, la conjoncture. Autant d’éléments qui disent quelque chose de la situation, sans pour autant en révéler le cœur.


Nommer, ce n’est pas simplifier à l’excès. C’est au contraire redonner de l’épaisseur à ce que l’on observe. Mettre des mots justes transforme une impression diffuse en compréhension partageable. C’est ce moment charnière où l’on cesse de penser « ça ne va pas » pour commencer à se dire « voilà ce qui est en train de se jouer ». Et très souvent, ce soulagement tient au fait que l’on ne parle plus de personnes, mais de dynamiques.


Dans de nombreuses transformations, ce travail de mise en mots est précisément ce qui manque. Les organisations investissent beaucoup dans les outils, les méthodes, les dispositifs visibles. Mais ce qui se joue à un niveau plus subtil (les peurs, les résistances, les bénéfices secondaires à ne pas changer, les tensions relationnelles) reste souvent implicite, voire ignoré. Or c’est bien là que se nichent la plupart des blocages durables.


Pour lire ce que vit un collectif, j’aime m’appuyer sur la grille de lecture de Will Schutz, à l’origine de la théorie de l’Élément Humain. Schutz a développé cette approche avec l'intention suivante : comprendre, mesurer et prédire les interactions entre les personnes afin de constituer des équipes aussi productives que possible. Cette grille me permet aujourd’hui d’observer les groupes non pas à partir de ce qu’ils produisent seulement, mais à partir de ce qu’ils vivent, de ce qui circule (ou ne circule plus) entre leurs membres.


W.Schutz nous invite à nous poser les trois questions suivantes.

La première est simple et fondamentale : ai-je ma place ici ? C’est la question de l’inclusion. Elle concerne le sentiment d’appartenance, la reconnaissance, la sécurité relationnelle minimale. Lorsque cette question n’est pas suffisamment adressée, l’équipe cherche à se protéger. Cela peut prendre la forme de retrait, de sur-adaptation, ou à l’inverse d’un contrôle excessif. Derrière ces comportements, il y a rarement un manque de bonne volonté, mais souvent une peur non formulée.

La deuxième question porte sur le cadre : comment ça fonctionne ? quel est mon rôle ?C’est la question de la structure, de la coordination, de la clarté organisationnelle. Qui décide ? Qui arbitre ? Qui met en œuvre ? Avec quel niveau d’autonomie ? Quand ces repères sont flous, l’énergie se disperse, les tensions augmentent, et les décisions deviennent plus lentes ou plus conflictuelles. L’ambiguïté est alors l’un des plus puissants générateurs de fatigue collective.

La troisième touche à quelque chose de plus sensible encore : puis-je dire ce que je vis ?C’est la question de l’ouverture. Celle du parler vrai, de l’expression des désaccords, de la capacité à mettre en mots ce qui dérange avant que cela ne s’installe en non-dit. Lorsque cette question ne trouve plus d’espace, les tensions ne disparaissent pas. Elles se déplacent, se figent, ou se transforment progressivement en désengagement. Beaucoup de transformations échouent précisément parce que cette dimension reste négligée, alors même qu’elle conditionne la durabilité du changement.


Ces trois questions ne sont pas indépendantes. Elles s’enchaînent, se répondent, parfois se superposent. Mais les regarder comme des lunettes de lecture change profondément la posture du dirigeant. On ne cherche plus à corriger des comportements isolés ni à empiler des solutions. On cherche à comprendre à quel stade le collectif est en train de travailler, et à quel niveau se situe réellement le point de blocage.


À ce moment-là, quelque chose bascule souvent. La dirigeante, le dirigeant cesse de se demander s’il est « trop exigeant » ou « pas assez clair ». Il commence à voir son équipe comme un système vivant, traversant une étape précise de son développement. Et cette compréhension ouvre un espace nouveau : celui de l’action juste.


Car comprendre ne suffit pas. Encore faut-il savoir agir en cohérence avec ce que l’on a compris, sans brûler les étapes ni plaquer des réponses qui rassurent à court terme mais sabotent la transformation à long terme.



Confirmer son analyse et agir en fonction de l’étape du collectif


Une fois que l’on a observé les signaux, puis posé une lecture claire de ce que vit le collectif, une question s’impose naturellement : que faire maintenant ? C’est souvent ici que les dirigeants ressentent une tension particulière. L’envie d’agir est forte, parfois urgente. Et en même temps, une intuition persiste : agir sans discernement pourrait aggraver ce qui est déjà fragile, ou déplacer le problème sans le résoudre.


Agir au plus juste commence par un bilan, pour confirmer la lecture, l'observation. Non pas un bilan administratif ou financier, mais un bilan du fonctionnement réel du collectif. Où en sommes-nous aujourd’hui, concrètement ? Qu’est-ce qui soutient encore la dynamique ? Qu’est-ce qui la freine, parfois silencieusement ? Ce temps de clarification est essentiel, car il permet de confirmer l’analyse et d’éviter les réponses réflexes, souvent guidées par la peur de l’inaction.


Lorsque l’enjeu principal est celui de l’inclusion, l’action juste consiste rarement à ajouter des objectifs ou à renforcer le contrôle. Elle passe plutôt par des espaces qui recréent du lien, de la reconnaissance, du sentiment d’appartenance. Accueillir, inclure, sécuriser, redonner une place claire à chacun avant de remettre la pression sur la performance. Sans cela, toute injonction supplémentaire risque d’accentuer les mécanismes de protection déjà à l’œuvre.


Lorsque le besoin concerne la structure et la coordination, l’action pertinente est d’une autre nature. Il s’agit alors de travailler le cadre : clarifier les rôles, les responsabilités, les processus de décision, les rituels collectifs. Non pour rigidifier l’organisation, mais pour réduire l’ambiguïté, source majeure de tensions, de conflits et de perte d’énergie. Une équipe soulagée par un cadre clair retrouve souvent rapidement de la capacité d’action.


Lorsque ce qui se joue relève de l’ouverture, l’action juste consiste à créer des espaces où les choses peuvent se dire sans abîmer la relation. Des temps de régulation, de feedback, d’expression des désaccords et des émotions. Pas pour tout régler, mais pour permettre une forme de vérité responsable. C’est souvent à ce niveau que se situe le véritable levier de transformation durable, car c’est là que les schémas cognitifs et relationnels peuvent évoluer.


Agir ainsi suppose une posture particulière de la part du dirigeant. Une posture qui accepte que l’action la plus efficace ne soit pas toujours la plus visible ni la plus spectaculaire. Une posture qui privilégie la justesse au mouvement, le discernement à l’agitation, et qui reconnaît que toute transformation commence aussi par un travail de lucidité sur soi et sur son impact.


Selon les contextes, cela peut prendre la forme d’un travail approfondi avec un collectif de direction, d’un temps d’éclairage partagé, d’un atelier de régulation, d’un Forum Ouvert ou d’un accompagnement plus structuré dans la durée. L’important n’est jamais l’outil. L’important est l’alignement entre ce que vit réellement le collectif et ce que l’on met en place pour l’accompagner.


Observer, nommer, agir. Puis observer à nouveau. Car une équipe n’est jamais figée. Elle évolue, se transforme, apprend. Le rôle du leader n’est pas de forcer cette évolution, mais de la lire avec suffisamment de finesse pour intervenir au bon endroit, au bon moment.


Si ce que tu viens de lire fait écho à ce que tu observes dans ton équipe, c’est sans doute qu’un sujet mérite d’être regardé de plus près.


Je suis Thomas Vedrine, consultant en management et entraîneur d’un collectif sportif. J’accompagne depuis plus de vingt ans des dirigeants et leurs équipes à clarifier ce qu’ils vivent pour agir avec justesse, au bon moment.


Si tu as envie de prendre du recul, de mettre des mots sur une dynamique collective, ou simplement d’en parler, je te propose un échange simple et sans engagement.


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