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  • Photo du rédacteurThomas Vedrine

Leadership en 2021 : avons-nous toujours besoin de super-héros ?

Dernière mise à jour : 13 mars

Le leadership est l’objet de bien des fantasmes. Plus ou moins consciemment, nous pouvons avoir tendance à idéaliser le leader comme un héros, un être situé au-dessus de la mêlée, imperméable au doute et à l’angoisse, qui connait la voie à suivre et peut ainsi façonner l’avenir en conduisant son entourage à triompher de l’adversité. Face à cette croyance qui semble encore répandue dans le monde de l’entreprise, tendant à placer le leader proche d’un « super-héros », nous pouvons être découragés devant l’ampleur de la performance à atteindre, renoncer à endosser ce rôle ou être frustrés dans l’exercice exigeant de celui-ci. A l’inverse, d’autres s’efforcent de copier les comportements de ce leader idéalisé et individualisé, s’éloignant alors de leur identité, de leurs véritables points de force et conduisant à des comportements allant à l’inverse de l’intention première.



Trois grandes caractéristiques sont généralement prêtées aux leaders, qui se révèlent en réalité une perception erronée de ce qui fait le leadership :

  • Un visionnaire, toujours capable de changer le cours des choses

  • Une personnalité autonome et indépendante, qui s’est construite sans l’aide des autres

  • Une personnalité sûre d’elle, sans doute ni angoisse

Il y aurait surement bien d’autres idées ou fantasmes à lister sur l’incarnation par une seule personne de ce qu’on appelle le leadership. Ce que nous proposons dans les lignes qui suivent, c’est de vous poser les questions qui nous semblent utiles à votre rôle, puis de vous livrer les pistes qui vous permettront d’y répondre à votre façon.


Quelle est votre identité en tant que leader ?


Avant de concentrer vos efforts sur ce que vous devriez améliorer, nous vous invitons tout d’abord à explorer vos talents et vos points d’appuis qui forgent votre identité de leader. Pour cela, rien de tel que l’« Appreciative Inquiry », une approche développée aux Etats-Unis par le Professeur David Cooperrider et importée en France par Jean Pagès, qui consiste à se nourrir de nos réussites, de nos forces et de nos valeurs fondamentales pour construire notre évolution, en se basant sur les expériences dans lesquelles notre impact a été positif et conséquent. Il peut s’agir d’expériences professionnelles récentes ou non, le tout étant d’avoir ressenti plaisir et satisfaction dans ces moments. En en prenant conscience, il s’agira de développer la stratégie pour reproduire cela. A cet exercice qui développe fortement notre sentiment d’efficacité personnelle, vous pouvez y ajouter vos sources d’inspiration, vous posant par exemple la question suivante : quel leader vous inspire le plus ? En quoi peut-elle, peut-il guider vos actions au quotidien ? Qu’est-ce qu’il ou elle ferait à votre place dans une situation donnée ?

Il peut s’agir d’une personne qui incarne pour vous un leadership inspirant mais aussi qui excelle dans d’autres disciplines, comme l’art par exemple. A ce sujet justement, cette scène du film In Victus m’inspire beaucoup.


Bien diriger veut-il dire tout anticiper ?


Voir loin ne veut pas dire tout prévoir. Les écrits en management parlent régulièrement de la capacité du leader à porter une vision. Mais qu’entendons-nous par vision ? Il s’agit de l’intention que vous avez pour vous et pour le monde et que vous concrétisez dans votre projet d’entreprise ou celle pour laquelle vous travaillez. Elle se formule en quelques lignes seulement et reflète ce que vous souhaitez au plus profond de vous, sans prendre en compte le réalisme de sa mise en œuvre ou le côté parfois critique de nos petites voix intérieures. Cette intention va guider votre action, vous accompagner dans vos choix et dans vos décisions. C’est également le projet que vous allez porter auprès de votre équipe. Plus vous serez connecté à cette intention, plus serez en mesure d’embarquer vos collaborateurs et de les inspirer. Et cela est d’autant plus important dans la situation incertaine nous traversons actuellement. Cette crise sanitaire ne nous demande pas de prévoir le futur (qui le pourrait ?), mais peut-être de tenir un cap alimenté par nos désirs, nos convictions et nos valeurs. Rappelez-vous, c’est en ayant l’intention de découvrir les Indes que Christophe Colomb a découvert l’Amérique.


Placer ses peurs et ses émotions au service de ses objectifs


Un leader est confronté à une telle multitude de situations ou d’informations qu’il est exposé, dans une même journée, à éprouver des émotions très différentes, comme toute personne vous me direz-vous. Mais lorsque les interactions sociales et les responsabilités sont nombreuses, gérer cette « émodiversité » est un véritable défi. Il peut alors être tentant de s’imperméabiliser à ses émotions, tel un héros sans peur et sans reproche, et de les considérer comme une nuisance dont il faut se défaire pour développer la capacité de garder la tête froide, afin de décider de façon rationnelle en toute circonstance. Or, les émotions sont riches en informations : elles fournissent des indices précieux sur ce que nous traversons, sur ce que traverse notre interlocuteur, sur le degré de confiance à accorder aux conclusions d’une analyse, etc.

L’enjeu lorsque l’on développe son leadership consiste ainsi à cultiver sa sensibilité à ses ressentis, sans se laisser dominer par les impulsions qu’ils suscitent. Comme l’enseigne Thomas d’Ansembourg, auteur de l’ouvrage « Cessez d’être gentil, soyez vrai », il s’agit d’activer régulièrement votre radar intérieur. Pour cela, vous pouvez commencer par vous poser quelques minutes par jour pour respirer, et vous poser la question « comment je me sens ? », puis vous demandez ce que cela vous apporte de prendre soin de votre état intérieur…


La relation d’abord, le résultat ensuite


Un leader n’est rien sans ses équipes : son succès naît de leur propre réussite. Or cette réussite suppose la mise en musique de compétences variées, qui sont le plus souvent sublimées par l’autonomie d’action du collaborateur. Pour que ce principe soit efficace, la tâche première du leader est d’abord de créer du lien et de nourrir le sentiment d’appartenance au collectif de chacun des membres de son équipe. Comment ? En créant des temps de partage, d’échange et de rencontre. Ces rituels participent à créer un sentiment d’appartenance et à stimuler ainsi l’estime de soi de vos équipiers. Il y a autant de façon de créer un collectif que de leader, copier-coller une solution qui ne vous ressemble pas serait contreproductif. Ce qui est important pour nous est de créer un cadre de sécurité propice à l’expression de chacun, que nous développerons dans un prochain article. En attendant, quelle est la façon qui vous est propre de ritualiser des moments ? Comment l’adapter à la situation sanitaire que nous traversons ? Avec les outils de travail à distance ?


Le leader facilite la décision et l’assume


Qu’une décision soit prise en mode participatif ou non, le leader est attendu sur sa capacité à faire et assumer des choix. Il ne s’agit pas ici de juger ceux qui ont été faits, en les notant bon ou mauvais, mais simplement de les reconnaître. En agissant ainsi, nous pouvons ensuite choisir de faire tous les changements que nous désirons en nous-même, dans nos relations et dans notre équipe. Nous entendons beaucoup parler de responsabilité, d’autonomie, de droit à l’erreur dans les organisations, injonction souvent faite aux salariés. Attention à ne pas continuellement se renvoyer la balle… Prenez vos responsabilités en tant que leader ! Par rebond, cette attitude aura forcément une influence positive sur votre équipe. Chacun est en mesure de faire face aux situations, d’agir et d’infléchir sur les choses, en déployant son énergie au service du projet de l’entreprise. A vous de développer ce sentiment de compétence et d’impact chez chaque membre de votre équipe, toujours à votre manière.


Le leader libère la parole


Le leader crée un collectif dans lequel « les choses importantes pour chacun peuvent être dites ». C’est le fameux « on s’est dit les choses » que l’on retrouve dans les interview d’après match des sportifs et qui symbolise le déclic inversant la tendance d’un match. Ainsi, lorsqu’en tant que leader, vous avez permis de développer le sentiment d’appartenance et de compétence des membres de votre équipe, une étape supplémentaire peut être de créer un espace où chacun est en mesure de s’exprimer librement, nourrissant cette fois le sentiment d’être apprécié pour ce que l’on est, pour ainsi mettre les talents de chacun au service du collectif. Cela permet de penser alors le leadership comme étant un bien collectif, en révélant à la fois le leader de tâche, le leader motivationnel, le leader social et le leader externe et ne plus faire reposer la performance sur vous seul. Cela permettra surement aux membres de votre équipe de faire émerger à leur tour leur talents de leader et de vous aider à relever toujours plus de défi.

L’image fantasmée du leader héroïque est un piège qui nuit à la construction et à l’émergence de véritables leaders dans l’entreprise ou dans n’importe quelle autre organisation. Elle conduit certains qui en auraient la capacité à se détourner d’une vocation qui leur semble à tort trop éloignée de leur personnalité. Et fige trop d’aspirants leaders dans les comportements qui les écartent en réalité de leurs objectifs. Lutter contre cette image constitue un véritable enjeu pour préparer les leaders de demain.

« Si au sein des organisations, les personnes deviennent plus conscientes d’elles-mêmes, nous devrions voir une augmentation de la productivité, peut-être plus grande que tout ce que nous avons pu voir auparavant. Pour en faire l’expérience, nous avons besoin d’une sorte de courage rarement évoqué dans les récits dépeignant les héros : le courage de nous connaître, d’être honnêtes les uns avec les autres et de saisir la vérité. » Will Schutz

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